n°  92   ( Octobre 2004 )  
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  Pénible choix
De l’autre côté de l’Atlantique, le résultat des élections présidentielles se joue entre deux positions simples. L’Amérique se perçoit comme confrontée à un ennemi invisible de plus en plus menaçant : le terrorisme. Doit-elle se défendre en toute indépendance, ou doit-elle se défendre avec l’approbation d’autrui ? Bush dit que son devoir est de protéger son peuple par tous les moyens, au mépris du reste du monde. Kerry pense qu’il faut tenir plus ou moins compte des Nations Unies et ne pas se faire globalement détester en agissant seul. Les électeurs voteront-ils pour la force aveugle du soit-disant guerrier, ou le réalisme moins arrogant du prétendu diplomate ? Quand on voit la tête de quelques abrutis de l’Amérique profonde, chez lesquels la peur l’emporte sur la raison, on craint de se prononcer.
Dans les milieux plus politisés, les avis sont aussi partagés.
Les uns voient en Bush le modèle du conservatisme bigot, maître d’œuvre d’un Etat de plus en plus totalitaire, obsédé par la vision manichéenne d’un monde partagé entre domestiques et ennemis. L’élection de son adversaire, même si ce dernier est peu convaincant, serait un léger progrès. Les autres voient en Kerry un anti-terroriste flottant, un «libéral» aux tendances gauchistes et un continuateur de la désastreuse politique impériale des clintoniens. Au pouvoir, il risque d’être aussi mauvais ou encore pire que son rival sortant.
Cela dit, entre réactionnaires fascisants et girouettes centristes, l’usage veut que l’on préfère le moins dangereux.
C’est l’opinion générale en dehors des Etats-Unis.
Selon Steve Kull, le directeur du Program on International Policy Attitudes de l’université du Maryland, qui a sponsorisé un sondage de 34.350 personnes dans 35 pays du monde entier, une majorité écrasante de gens voteraient pour Kerry. En France, 80 % des interrogés trouvent que la politique étrangère de Bush les a rendus plus hostiles à l’égard des Etats-Unis. «En moyenne, constate Kull, seulement une personne sur cinq souhaite voir Bush réélu.» Un résultat qui a poussé un commentateur a observer ironiquement qu’étant donné la volonté américaine de diriger le monde, il serait juste que ce soit le monde qui élise le président des Etats-Unis.
En effet, cela vaudrait peut-être mieux.
Encore que préférer un borgne à un aveugle ne soit pas un choix exaltant.
C’est d’ailleurs ce qui est un peu décourageant à notre époque. Nous avons toujours à choisir le moindre mal, en sachant, hélas, que le moindre mal n’est pas forcément un bien. Cela a été le cas hier quand on s’est résigné à Chirac contre Le Pen. Ce sera peut-être le cas demain quand il faudra se décider entre une droite capitaliste et une gauche ramollie.
Quand donc nous proposera-t-on autre chose que l’alternative de Charybde et Sylla ? Quand donc nous offrira-t-on la possibilité de nous prononcer pour un remède plutôt que contre une maladie ?
Louis Dalmas

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