n°  78   ( Juin 2003 )  
  Accéder à :   la Une
 Editorial
 Sommaire
 Autres numéros
 

  Réflexions sur le voile
Au sein des désordres internationaux dont nous parlons sans cesse dans B. I., un problème français a resurgi dans l’actualité, celui du voile musulman.
Nous avons pensé qu’il serait intéressant, pour changer de nos sujets habituels, d’y consacrer quelques instants. Voici deux contributions au débat : la mienne ci-dessous, et celle d’une agrégée de philosophie en page 18.

Certains malades affichent leurs déficiences physiques pour attirer l’attention ou susciter le respect : on peut estimer leur courage, on n’en est pas pour autant attiré par leur infirmité. L’ostentation du handicapé ou du sidéen est l’antidote nécessaire de sa souffrance, et ceux qui ont la chance d’échapper au malheur ont le devoir de la respecter : on n’a pas pour autant envie d’être paralysé ou d’attraper le sida.
D’où le malaise des bien portants, malgré tous leurs bons sentiments. Les malades sont ressentis, consciemment ou inconsciemment, comme des êtres diminués, incomplets. La maladie est une réduction, la santé est la plénitude.
Ce sentiment est celui qu’inspire aux laïques les porteurs de soutane – je parle bien sûr de ceux qui ont fait vœu de chasteté et qui condamnent le mariage des prêtres – ou de voile. Leur défroque affiche l’amputation d’une part capitale de leur nature : la part physique. Déguisés en purs missionnaires de l’esprit, ils proclament qu’ils ont éliminé l’autre moitié de leur essence : le corps. Devant l’ampleur de ce qui leur manque, comment ne pas les prendre pour des êtres diminués, réduits ? En un mot, pour des infirmes ?
L’étrange est que ce sont justement ces demi-portions existentielles qui veulent donner des leçons à ceux qui apprécient la totalité de la vie. Les prêtres catholiques ne cessent de parler de l’amour et de la famille alors qu’ils se sont volontairemet privés de tout ce qui peut y contribuer. Les femmes voilées ne cessent de parler de la dignité et de la richesse de leur féminité, alors qu’elles se transforment volontairement en zombies asexués. On croirait entendre des retardés mentaux disserter de philosophie ou des culs de jatte enseigner la course à pied...
Voir les choses de cette façon conduit à mieux situer ce que soutanes ou voiles ont de choquant. La provocation n’est pas dans le port d’insignes religieux. Chacun a le droit d’arborer un témoignage de sa conviction, même au sein de l’espace laïque de l’enseignement.
Elle est dans une offense à la raison : l’inversion du concept de maladie. Là où le laïque voit l’infortune d’être privé d’une moitié de la vie, suite de la p. 1 le malade voit le bonheur d’être délesté d’un poids inutile. C’est l’amputé qui se félicite d’être moins lourd parce qu’on lui a coupé les jambes, le fou qui se déclare ravi de sa folie. Et pour que personne ne se méprenne sur son message, il arbore fièrement sa camisole d’aliéné en affirmant avec force qu’il n’y a rien de mieux que son aliénation.
C’est un des aspects du conflit. Porter le terne hidjab des femmes voilées, comme la sombre robe du prêtre, perpétue le rêve éternel des bigots : supprimer le corps, désincarner la foi, faire de la castration la condition du salut.
omment ne pas voir aussi dans ce rejet de la chair une réaction de l’islam à l’évolution de l’Occident. Au cours du XXe siècle, notre monde a peu à peu découvert (dans les deux sens du mot) le corps humain. Le développement de l’hygiène, de la culture physique, de la diététique, des loisirs, de l’esthétique féminine, d’un certain affranchissement de la femme et d’un regard moins réprobateur sur la sexualité, a façonné un univers préoccupé autant des appétits ou besoins corporels que des aspirations spirituelles. L’islam, enfermé dans le corset d’une religion qui n’a pas connu – du moins dans ses interprétations fondamentalistes – la «modernisation» de ses homologues occidentaux, voit dans cette évolution un symptôme de décadence auquel il lui faut résister. D’où la motivation politique d’un comportement qui en masque le symbole le plus visible, la source des tentations coupables et des aveulissements dangereux : le corps féminin.
A cette interdit collectif, s’ajoutent deux notions individuelles.
1 - La notion d’identité se rattache à celle d’uniforme. En portant le costume du groupe auquel on appartient, on se fait reconnaître de ses semblables et on se définit aux yeux des autres. C’est la façon la plus simple, et la plus évidente, de se situer, à la fois moralement, mentalement et physiquement. Ainsi le prêtre est «marqué» par sa soutane, la nonne par sa robe, le soldat par sa tenue militaire, le scientifique par sa blouse blanche. Or la recherche d’identité s’impose dans un milieu hétérogène. Les sociétés modernes industrielles ont souvent été décrites comme diluant les liens collectifs dans un isolement de l’individu. Ce dernier se sent perdu dans un magma informe, et ressent fortement le besoin de se caractériser comme membre d’une collectivité. La recherche d’identité s’impose aussi dans un milieu hostile. Dans ces mêmes sociétés, la réaction à l’»étranger» est souvent ressentie comme une méfiance, voire un rejet. L’individu qui s’y croit en butte, à tort ou à raison, se raffermit en faisant partie d’un ensemble où il se sent plus en sécurité qu’en étant seul, surtout si cet ensemble est craint ou respecté. La recherche d’identité s’impose enfin dans un milieu considéré comme inférieur. Inspiré par sa foi, sa spécialité ou sa compétence, l’initié se veut un composant de l’élite qui souligne sa supériorité.
2 - La notion de protection est liée ici à la condition féminine. La femme voilée se proclame intouchable. Elle est à l’abri de toute offense, de toute agression, de toute souillure. Dans le milieu hétérogène, hostile, inférieur, ou tout simplement masculin, elle se maintient inabordable et intacte derrière la barrière de son anonymat. Le voile est le garant de son intégrité.
Le moins qu’on puisse dire est que ces deux notions sont discutables..
L’affirmation d’une identité n’entraîne pas nécessairement, dans la vie courante, le port d’un uniforme. En deça du vêtement, il y a une foule d’insignes, de badges, de décorations qui ont la même fonction, en dehors des espaces «professionnels». Même les prêtres catholiques, pourtant historiquement attachés à leur soutane, n’arborent plus, pour la plupart, qu’une croix à leur boutonnière. La marque distinctive, même discrète, suffit à établir l’appartenance. Dans le monde ordinaire, il n’est pas indispensable de forcer la note en se déguisant. Alors, pourquoi symboliser l’apparence des femmes avec cet éclat inutile, les envelopper dans le drapeau de leur confession au lieu de les laisser en porter un rappel plus réservé ? Un ornement n’est pas un costume entier. Sans qu’il y ait différence de nature, il y a différence de degré. Comment s’étonner que dans l’école de la République, ou dans tout milieu légalement laïque, une conviction religieuse aussi fortement soulignée soit ressentie par beaucoup comme une provocation ?
ous voici ramenés à la seconde notion, celle de protection, pour expliquer cet excès de singularisation. Notion ambigüe, s’il en est. La personne se protège, sans doute : c’est son droit absolu. Mais elle est aussi un bien protégé. Un bien qui appartient à quelqu’un. Protéger a un double sens : se défendre soi-même, et défendre une propriété.
Malheureusement, c’est le second sens qui prime dans l’islam d’aujourd’hui. La femme est possédée par la famille ou par son mari (présent ou futur). Elle est bien défendue, mais défendue par ceux qui la considèrent comme un objet qui leur appartient en exclusivité. Dépourvue physiquement des atouts féminins qui stimulent la séduction, la jeune fille est privée des moyens de choisir elle-même son partenaire dans la vie. Une fois le choix fait à sa place par ses propriétaires, la femme y est emprisonnée par le soin qu’on met à l’isoler. Elle est stérilisée, dénaturée, réduite à la soumission. Le mur du voile ne préserve pas sa dignité, il interdit tout bonnement son indépendance.
Tout cela n’est pas nouveau. La femme a toujours été la victime des religions. Mais devant la sottise des bonnes âmes qui vaticinent sur le droit à la différence et le respect des cultures, il n’est pas inutile de répéter, contre la tyrannie des hommes en noir ou des barbus en tous genres, qu’une des conquêtes de la civilisation tient en une phrase : avant de se défendre ou d’être défendue, la femme a surtout le droit de s’affirmer.
Louis Dalmas

 Deux médecins américains s’interrogent sur l’origine de l’épidémie du SRAS et émettent une troublante hypothèse.
 Un colonel US avoue avoir bombardé l’Irak à l’uranium appauvri.
 Pierre Hillard fait de nouvelles révélations sur l’offensive régionaliste en Europe.
Le VERJUS




Le plus petit des
grands journaux
et le plus grand
des petits journaux